cinéma

[Cinéma] « LOST RIVER » de RYAN GOSLING

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Le voici donc, le premier film réalisé par Ryan Gosling. Intronisé sex­-symbol depuis le triomphe de Drive (Nicolas Winding Refn, 2011), le Canadien véhicule une image constante de classe et de glamour, grandement aidé par une intelligence rieuse et un physique à la perfection peu contestable.

Mais pour ceux qui s’intéressent davantage à l’acteur qu’à l’homme, Ryan Gosling c’est avant tout le mec qui, à peine sorti du Mickey Mouse Club, réclamait des rôles de juif néonazi (Danny Balint, Henry Bean, 2001) et d’adolescent tueur d’autistes (The United States of Leland, Matthew Ryan Hodge, 2003). Pour le glamour on repassera.
Il est loin, le romantique décoiffé de N’oublie Jamais (Nick Cassavetes, 2004), le minet bodybuildé de Crazy Stupid Love (G. Ficarra & J. Requa, 2011) ou la brute érotisée de Drive. Gosling, c’est plutôt le genre à prendre le parti des recalés de la société, comme dans Half Nelson (le prof un peu drogué) (Ryan Fleck, 2007) et Une fiancée Pas Comme Les Autres (le marginal amoureux de sa poupée gonflable) (Craig Gillespie, 2008), tous deux nominés aux Oscars.
Gosling, c’est aussi cette fascination pour le gothique et le morbide, notamment avec son groupe de rockDead Man’s Bones, dont l’album sorti en 2009 contenait déjà les prémices de l’histoire de Lost River(initialement intitulé How To Catch A Monster). Une ville engloutie, une malédiction, des monstres urbains et un vrai monstre sous­-marin. Une mère courage qui essaie de se battre contre la destruction de sa maison dans une ville rongée par la crise et la subversion. Au vu de l’ensemble de l’œuvre de l’acteur, tout cela fait sens.

C’est donc un conte que nous propose Ryan Gosling. Un conte merveilleux dont tous les codes sont respectés : la princesse aux grands yeux apeurés, le chevalier servant sur son destrier/taxi, la vieille sorcière, le bois magique, le château inquiétant, la bonne fée pas si bonne que ça… La seule différence avec la mythologie classique est que le récit se situe dans un monde post­-apocalyptique, post-­crise des subprimes, un futur proche où la survie de chacun passe nécessairement par des chemins de traverse. Localisé dans la ville­fantôme de Détroit, le décor fait surtout penser à la Nouvelle­-Orléans après le passage de Katrina, avec ses maisons détruites et sa nature sauvage, où la loi des humains ne semble plus vraiment de mise. Gosling parvient immédiatement à imposer cette ambiance d’inquiétante étrangeté, très « southern gothic », avec une mise en scène esthétique mais pas esthétisante, toujours au service de son propos social. Ses influences sont bien visibles mais diluées : Terrence Malick (la séquence d’ouverture, obviously), Harmony Korine (les couleurs criardes), Dario Argento, David Lynch et l’inévitable Nicolas Winding Refn (les rêves éveillés, la violence soudaine, les excursions nocturnes, la bande­son électro­pop 80s…)…
Parfaitement digérées, toutes ces références lui permettent de se forger un style personnel dès son premier coup d’essai, ce qui est en soi admirable. Film à plusieurs voix, Lost River bénéficie aussi d’une palette et d’une direction d’acteurs au poil. Christina Hendricks, bouleversante, prouve qu’elle n’est pas juste la « rousse incandescente » que tous les journalistes semblent vouloir faire d’elle. Le nouveau venu Iain De Caestecker ressemble à s’y méprendre à un jeune Ryan Gosling, tant dans la voix que dans l’intensité (il est donc très bien). Reda Kateb magnétise, comme d’habitude, en quelques plans. Et surtout Matt Smith, notre Doctor Who adoré, livre une performance délirante et terrifiante, clairement propice aux cauchemars.
Si le film est parfaitement maîtrisé, il n’est cependant pas à mettre devant tous les yeux. Violent physiquement et psychologiquement, ce n’est franchement pas une partie de plaisir et on se dit quand même que Ryan ne doit pas aller très bien au fond, pour passer plusieurs années de sa vie sur cette histoire. Personnellement, je suis assez peu sensible (ou trop sensible justement) au cinéma fantastique, quand il vire ainsi dans le gore et le morbide. Le sentiment de malaise ressenti au visionnage, s’il prouve bien l’efficacité et la réussite du film, n’est pas ce que je recherche en allant au cinéma.

Néanmoins, celui que le magazine Première présentait déjà en 2006 comme le « Tiger Woods de la comédie », a réussi son pari : il a su prendre son temps, tirer le meilleur de ses expériences et s’entourer des bonnes personnes pour mener à bien son projet et faire exactement ce qu’il voulait : un film engagé, visuel et envoûtant, qui, comme lui, ne laissera personne indifférent .

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