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[Musique] VINCE STAPLES – « SUMMERTIME’06 »

vince

Découvert au détour d’une interview brute de décoffrage dans le magazine influent Be Street,Vince Staples pouvait d’abord faire peur par son discours ferme et pessimiste sur le sort de la communauté noire américaine, et surtout par sa droiture d’esprit inflexible. Refusant par exemple de s’exprimer artistiquement sur les événements de Ferguson, par crainte d’être traité d’opportuniste et parce que « toux ceux qui exploitent la mort de cet homme sont aussi méprisables que celui qui l’a tué », le mec semblait presque nous défier d’écouter sa musique, qu’il nous livrait avec tant de sincérité. A l’écoute de ce premier album officiel, ironiquement intitulé Summertime ’06, celle­-ci se révèle bien moins effrayante que ses propos.

Ce premier long étend ainsi sur plus d’une heure une palette de sonorités hip­-hop tropicales qui parviennent à nous faire danser sur des mélodies à la fois inquiétantes et sensuelles, et dont la nature hybride illustre parfaitement la psyché trouble de ce rappeur aux principes inébranlables mais aux questionnements permanents. Conscient de tout, mais sûr de rien, Staples aime travailler sur les zones d’ombres qui hantent les êtres et sur ces démarcations incertaines qui les séparent. Loin de faire le trublion comme ses potes de feu Odd Future, le Vince est plutôt un type sérieux et intègre, qui n’a pas trop envie de rigoler, mais plutôt de montrer froidement la réalité telle qu’elle est. Ce qui ne l’empêche pas de dévoiler sur son album une empathie chaleureuse provoquant immédiatement l’identification de l’auditeur, et une générosité largement démontrée lors de son dernier concert parisien à La Bellevilloise, le 8 juillet dernier.

Tel un Kendrick Lamar souterrain qui n’aurait pas encore vu la lumière au bout du tunnel, le Californien présente ici un tableau assez noir de ce qu’il observe autour de lui et en lui­-même, mais il le fait au son d’instrus séduisantes et joueuses, sans aucune agressivité inutile. Si la tension est palpable sur « Lift Me Up », l’intention se fait plus sexy sur un « Norf Norf » toujours menaçant mais dont le gimmick gluant semble agir comme un appel au déhanchement. Sur « Loca » et son irrésistible « You Know You Drive Me Crazy », l’ambiance se fait carrément moite et l’on devine que Staples, malgré ses revendications de mec incorruptible, aime aussi plaire comme tout le monde. De ses embardées ragga sur les entêtants « Lemme Know » et « Surf », aux réminiscences R’n’B version Drakesur « Might Be Wrong » et « Like It Is », en passant par le rap school du single « Señorita » ou du social « Get Paid », le rappeur s’affirme clairement en faveur du mélange des genres et des cultures, tout en gardant la même cohérence que le fameux Kendrick mentionné ci-dessus.

Ce qui nous donne au final une œuvre protéiforme, déroutante, en mouvement perpétuel, capable de nous accompagner des journées entières, puisqu’elle semble vivre et évoluer avec nous, et montrer un nouveau visage à chaque nouvelle écoute. Peu d’albums peuvent en dire autant.

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