cinéma

[Cinéma] « AMY » d’ASIF KAPADIA

La-famille-d-Amy-Winehouse-en-colere-contre-un-documentaire

Le même mois où le film Love & Mercy de Bill Pohlad sur l’histoire de Brian Wilson bouscule de manière salutaire les codes bien implantés du biopic, Amy vient quant à lui remettre les pendules du documentaire à l’heure.

Afin d’établir un portrait authentique et révélateur de l’ange du jazz déchu Amy Winehouse et d’en faire la vraie héroïne de son film, Asif Kapadia n’a filmé aucune nouvelle image et utilisé que des documents d’archive, des photos de tabloïds aux prestations télévisées en passant par des vidéos faites maison, commentées en voix off par les proches de la chanteuse. Procédé troublant mettant immédiatement le spectateur dans la position mal aisée de voyeur, ce choix se révèle finalement on ne peut plus pertinent puisque les images d’Amy véhiculées par les médias sont à la fois la forme et le fond du film. Le réalisateur cherche en effet à nous expliquer comment l’acharnement médiatique contre cette jeune femme, qui a été filmée toute sa vie, l’a non seulement précipitée dans le gouffre qui s’offrait à elle, mais a également faussé l’image que le public avait d’elle. En les remettant dans leur contexte, Kapadia nous propose une nouvelle lecture de ces images, qui nous permet de découvrir la vraie Amy, loin de tous les clichés liés à la drogue et au succès. On redécouvre alors une artiste précoce et surdouée, pleine de vie et d’humour, une vraie passionnée de musique et puriste de jazz, qui ne rêvait que de chanter de petits clubs, idolâtrait Tony Bennett et redoutait la célébrité.

Le film nous fait aussi redécouvrir, pour notre plus grand plaisir, son magnifique premier album Frank (2003, Island Records), qui avait connu un certain succès en Angleterre mais était passé plutôt inaperçu en France. Après avoir été bouleversés par des titres comme « Stronger Than Me », on assiste ensuite impuissants à son basculement post-« Rehab » et de sa tombée dans la drogue avec son boyfriend maléfique Blake Fielder. Confrontée à une gloire impensable et délirante au moment où elle était la plus fragile, on comprend alors que cela ne pouvait pas bien se terminer. Touchante et attachante, petite fille influençable perdue au milieu des manipulateurs, Amy est restée jusqu’au bout une artiste qui ne vivait que pour la musique et ne pouvait s’en sortir que par elle. Si l’on peut être fataliste et se dire que sa chute n’est due qu’à une succession de mauvaises décisions, on peut aussi, à la vision de ce documentaire, se révolter contre l’attitude des médias qui n’ont fait que tourner en dérision une personne malade qui n’avait pourtant fait de mal à personne, et contre une partie de son entourage qui a exploité jusqu’à la moelle son talent et son incapacité à dire non.

Ainsi, les magnifiques scène de studio, dans lesquelles la puissance de sa voix et la sincérité de ses paroles prennent toute leur ampleur, nous brisent le cœur et nous font amèrement regretter tout ce gâchis. Et d’un autre côté nous soulagent en réhabilitant cette grande artiste, londonienne avant tout, pour qui l’amour aura toujours été un jeu où l’on perd à la fin.

Chronique à lire sur Slow Show.

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