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[Musique] BEIRUT, “NO NO NO”

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Mon premier souvenir de Beirut est un son d’accordéon. Nous étions en 2005 et le morceau s’appelait « Mount Wroclai (Idle Days) ». Une chanson belle à pleurer venue tout droit des
Balkans, qui allait changer mon ADN musical à jamais. Après quatre albums qui semblent avoir fait le tour du monde avant de s’être déposés sur la platine, Beirut, mené par le poupin Zach Condon, revient avec « No No No », auquel on aurait bien envie de dire d’emblée « Oui Oui Oui ».

A l’écoute de ce nouvel opus, il faut se rendre à l’évidence : les Balkans sont désormais bien loin. La musique de Beirut, certes toujours sous influence internationale, ne compte plus sur ce marqueur géographique fort pour se distinguer de la horde de popeux. Et pourtant l’âme du groupe est bien là, sa légèreté, sa mélancolie, ses envies d’ailleurs. Si l’équipage américain a abandonné les contrées slaves et les enclaves francophones, c’est pour mieux nous faire pénétrer dans son propre monde imaginaire, peuplé de paysages émotionnels inconnus. Et si notre traversée prend son départ à « Gibraltar », tube incontestable et joyeux de l’album, pour ensuite faire escale à Hawaï sur le très aloha « No No No », le groupe nous embarque le plus souvent sur le terrain de sa propre tristesse fragile, où cordes et trompettes surviennent toujours au bon moment (« As Needed », « At Once »). Dans ce pays musical dont il semble à la fois être le roi et le seul habitant, le petit Zachary prend même la liberté de nous faire danser, audace plutôt nouvelle pour l’Américain : une valse timide sur « So Allowed », puis des déhanchements plus prononcés sur « Perth », ville australienne popularisée par Tame Impala et plus belle échappée de ce nouveau périple sonore. Si Zach Condon partage avec Kevin Parker une certaine douceur Cajoline, sa musique n’évoque néanmoins pas les mêmes paradis artificiels. Chez Beirut, il s’agirait plus d’une tranquille ballade en barque que d’un décollage multicolore pour la stratosphère : des retrouvailles avec soi, plus que des aventures extraordinaires.

Cette fanfare nomade aura donc beau changer de son au gré de ses pérégrinations terrestres ou rêvées, sa musique restera une invitation continuelle à l’exploration et à l’émerveillement. Navigant à vue, faisant cap là son instinct où le porte, le capitaine Zach Condon n’a pas fini de nous faire voyager.

[Sortie le 11 septembre 2015 chez 4AD / Beggars Group / Wagram Music]

[Critique à lire sur La Boîte à Musique Indé]

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