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[Musique] YOUTH LAGOON, “SAVAGE HILLS BALLROOM”

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Pour se rendre compte de l’évolution musicale de Trevor Powers – a.k.a Youth Lagoon – il suffit de suivre celle de sa coiffure. Lorsqu’on le découvrait en 2011 avec son album intimiste The Year of Hibernation, le jeune musicien originaire de l’Idaho se cachait derrière sa crinière frisée pour nous livrer sa musique chambre, qu’il avait d’ailleurs littéralement composée dans sa chambre. Sa voix dépassait alors à peine des délicates couches de synthé qui recouvraient ses créations minimalistes d’une timidité aussi touchante qu’hypnotisante.

Mais l’époque où Trevor l’introverti se livrait à mi-voix sur ses tourments adolescents est révolue. Arborant désormais une crinière à la Prince, trônant fièrement sur le sommet de son crâne, le leader de Youth Lagoon est enfin sorti de sa coquille. C’était déjà le cas sur son précédent opus Wondrous Bughouse, aux sonorités plutôt rêches, mais cette troisième livraison Savage Hills Ballroom asseoir la nouvelle confiance de l’Américain, tout en trouvant un équilibre plus heureux entre envolées psyché-lyriques et douceurs électro-acoustiques. Nouveau spécialiste des crescendos dream pop synthétiques, il nous convainc
immédiatement avec les imparables « Officer Téléphone » et « The Knower », qui ouvrent l’album. Débarrassée de ses effets encombrants, la voix est puissante et n’hésite pas à déborder des contours, là où elle restait avant cloîtrée dans son nid protecteur. Preuve irréfutable que les temps ont changé, ces morceaux entraînants, presque rock, qui jonchent l’album, à l’instar de « Rotten Human » et « Free Me », titres efficaces aux entourloupes sonores limitées. Et mêmes les chansons les plus tendres et mélancoliques, comme « No One Can Tell » (sa conclusion au piano, magnifique) et « Highway Patrol Stun Gun » (single évident), montrent un artiste plus extraverti, n’ayant plus peur de se montrer à voix et visage découverts.

Pour constater cette métamorphose, rien de mieux que d’aller découvrir ces nouveaux morceaux en live. Le samedi 26 septembre au Café de la Danse à Paris, Youth Lagoon n’avait ainsi plus rien à voir avec celui qu’on avait rencontré au Point éphémère en 2012. A l’aise avec son public, dansant frénétiquement et parcourant la scène à bonds de géant, on sentait le Trevor libéré, comme si toutes ces émotions longtemps contenues avaient enfin trouvé le chemin de la sortie, retournant tout sur leur passage. Une transformation émouvante qui a permis la naissance d’un album abouti, fait d’innombrables petites explosions sonores qui viennent gentiment bousculer nos habitudes musicales et qui sont surtout la promesse de possibilités créatives infinies pour le jeune Trevor Powers. Après la revanche d’une blonde, la revanche d’un timide.

[Sortie le 25 septembre 2015 chez Fat Possum / Pias]

{Critique à lire sur La Boîte à Musique Indé]

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