cinéma

[Cinéma] « MÉMOIRES DE JEUNESSE » de JAMES KENT

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Et si le romantisme n’était pas mort ? C’est en tout cas l’espoir que l’on peut nourrir à la découverte de Mémoires de Jeunesse de James Kent, magnifique drame romantico­historique qui, comme son compatriote britannique Loin de la Foule Déchaînée de Thomas Vinterberg, sorti l’été dernier, ravive la flamme des histoires sensibles où sentiments nobles ne riment pas avec pathos ignoble.

Inspiré des écrits autobiographiques de Vera Brittain, le film raconte comment une jeune Anglaise de 18 ans, éprise de liberté et d’écriture, va devenir l’une des plus grandes pacifistes du XXe siècle en se heurtant à la réalité de la Grande Guerre, pour laquelle sont partis se battre son frère et son prétendant. D’une subtilité et d’une beauté rares, Mémoires de Jeunesse contient tout ce qu’un mélodrame peut apporter de frissons face au destin contrarié de ses héros, loin du cynisme et de la distance amusée qu’il est de bon ton d’afficher aujourd’hui face à ce genre d’histoires. Depuis N’oublie Jamais de Nick Cassavetes, le cinéma contemporain ne nous a plus beaucoup donné d’occasions de trembler pour des couples maudits sans tomber dans le ridicule. Des regards qui se croisent, des mains qui se frôlent, des mots qui se murmurent. « Il ne faudrait quand même pas que tu t’éprennes de lui », lance en riant Edward à sa sœur, à propos de Roland. « Et pourquoi pas ? » lui rétorque Vera. Et oui, pourquoi pas ? Cela faisait si longtemps qu’un film ne nous avait pas livré son récit dans un tel écrin de soie qu’il serait dommage de jouer les rabats­-joie.

La douceur et le jeu nuancé de la Suédoise Alicia Vikander est pour beaucoup dans la crédibilité de cette histoire d’amour, non seulement pour un homme, mais pour l’Homme. Alors que Vera s’engage en tant qu’infirmière volontaire, le drame amoureux glisse lentement vers le drame historique, pour nous proposer une vraie réflexion sur l’héritage de la guerre, là où d’autres s’intéressent davantage au combat lui­-même plutôt qu’au sort de ceux qui restent. Découverte en 2012 dans Royal Affair de Nikolaj Arcel, avant d’envahir l’année cinématographique 2015 (Agents Très Spéciaux, Ex-Machina et bientôtA Danish Girl), Vikander accueille un milliard d’émotions sur son visage et nous fait pleinement comprendre, sans un mot de trop, l’évolution de cette femme brisée mais pas détruite. Elle est parfaitement soutenue dans sa tâche par tout ce que le Royaume-Uni compte de belles têtes charismatiques : Taron Egerton, la découverte street kid de Kingsman (Matthew Vaughn, 2015), parfait en frère téméraire ; Kit Harrington, Jon Snow en personne, qui prouve ici dans le rôle de l’amoureux admiratif et dévoué que l’on avait raison de l’aimer de manière inconditionnelle ; etDominic West, bouleversant en père résigné, aperçu dans à peu près toute la production télévisée anglaise et américaine des quinze dernières années.

Œuvre romantique mais surtout pacifiste, Mémoires de Jeunesse nous rappelle donc sans emphase, mais avec une beauté certaine, que l’amour sous toutes ses formes est encore la seule chose qui peut nous sauver du repli sur soi et d’une vie dans la boue. Comme l’intime Vera à son promis en permission, revenu traumatisé du front : cette part de nous, il ne faut pas la détruire.

Chronique à lire sur Slow Show.

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