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[Musique] Live Report : Pitchfork Music Festival Paris 2015

Comme à chaque Halloween depuis quatre ans, le Pitchfork Music Festival Paris accueillait le weekend dernier le meilleur de la pop indépendante actuelle sous la voûte de la Grande Halle de la Villette. Entre les food trucks et les hipsters à bonnet, la programmation était une nouvelle fois d’un éclectisme à toute épreuve et d’une qualité (presque) irréprochable. Retour sur ces trois intenses journées.

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Deerhunter – © Vincent Arbelet

JOUR 1 : Dream pop à tous les étages.

En cette première journée, annoncée comme la plus calme musicalement parlant, on arrive sur le site déjà bondé vers 19h30, juste à temps pour l’allumé Ariel Pink, qui avait visiblement décidé de faire un peu n’importe quoi sur scène ce jour-là. Et cela n’a de toute évidence pas plu à tout le monde. Pourtant, malgré les bruitages incompréhensibles et les placements rythmiques approximatifs, la sirène Ariel ne peut s’empêcher de sortir quelque chose de beau et de mélodieux et tout ce joyeux bordel (le sublime « Bright Lit Blues Skies » en tête). L’Américain nous rappelle que la vraie folie ne s’achète pas, et encore moins par des « fans » prêts à vénérer le premier excentrique venu. L’instant intègre du festival.

On ne sera ensuite restés que dix petites minutes devant la torture physique et mentale que représente Godspeed You ! Black Emperor pour qui n’apprécie pas les sons de scie inaudibles inexplicablement sortis d’instruments à cordes. Comme le disait si bien Juno à propos de Sonic Youth : « It’s just noise ». Protégeons-nous des acouphènes et allons manger un burger veggie. En pré-tête d’affiche, Deerhunter a ensuite assuré le minimum shoegaze avec une prestation maîtrisée, à défaut d’être renversante. Les tubes tirés des précédents albums « Monomania » et « Halcyon Digest » provoquent certes toujours le même frisson, mais on a parfois frôlé l’ennui sur le reste des titres. Dommage.

Il aura donc fallu attendre le dernier set de Beach House pour atteindre les sommets de beauté que nous promet habituellement la dream pop inspirée. Voix d’une puissance et d’une pureté à couper le souffle, le duo a envoûté la Grande Halle à coups de lumières discrètes mais hypnotiques et d’envolées psychédéliques sublimes. Les morceaux de « Depression Cherry » étaient magnifiquement représentés, mais le dernier album surprise « Thank You Lucky Stars » n’a pas été oublié, créant ainsi un set complet et équilibré, bien que sans surprise. Une première soirée teintée de douceur donc, mais quand même en demi-teinte. Heureusement, le meilleur restait à venir.

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Rome Fortune – © Vincent Arbelet

JOUR 2 : Le temps des découvertes

Il fallait être là dès 18h en ce deuxième jour pour ne pas rater les meilleurs concerts du festival. Rome Fortune était en effet la plus belle découverte de cette édition 2015, avec son hip-hop euphorisant et son leader black à l’impressionnante barbe bleue et aux pas de danse chaloupés. La foule encore dispersée a tout de suite adhéré et s’est laissée emporter dans cette demi-heure de folie r’n’b qui a paru durer trois secondes. Deuxième uppercut de la journée avec l’électro-rock très dark de Health, dont les tenues sont des déguisements d’Halloween permanents, devant un parterre de hipsters métalleux (oui, ça existe). Le groupe américain a réussi la prouesse de rester audible, mélodieux et catchy tout en faisant beaucoup, beaucoup de bruit. En prime, son guitariste, doté d’une chevelure digne de Raiponce, nous a probablement offert le plus beau headbanging de tout le festival.

A ces accès de violence succède la pop douce et sensuelle de Rhye, toute en volupté aérienne et langueur aguicheuse. Un délice pour les oreilles et un instant de grâce qui nous donnent envie de redécouvrir leur album « Woman » sorti en 2013. Mais il est déjà l’heure d’aller se positionner de manière stratégique pour le set très attendu de notre chevelu préféré Kurt Vile. Avec ses Violators, le roi des folkeux enchaîne ses tubes avec entrain, évitant ainsi l’ennui de ses concerts en solo, mais l’ensemble peine sérieusement à décoller et, malgré tout l’amour qu’on lui porte, les morceaux finissent un peu par se ressembler sur la fin. Oui, c’était la petite déception du jour.

On échappe ensuite, sûrement à tort, à la furie Battles, et on revient pour l’événement du jour : Thom Yorke. Dans un spectacle de sons et lumières digne du Puy du Fou, le chanteur de Radiohead a certes donné de sa personne – notamment en DANSANT – pour défendre sa nouvelle création électro-tribale Tomorrow’s Modern Boxes, mais l’ennui a rapidement pointé le bout de son nez face à cette musique bien trop répétitive et bourrée d’effets de style pour nous maintenir éveillés après 22h. Pas désagréable, mais on était en droit de s’attendre à quelque chose de plus innovant. Assommés par les beats, on n’attendra donc pas Four Tet et on ira directement recharger ses batteries pour le feu d’artifice du lendemain.

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Father John Misty – © Vincent Arbelet

JOUR 3 : Grandeur et décadence

La troisième et dernière journée du festival s’annonçait clairement comme la plus riche et la plus excitante et elle n’a pas failli. Trop fatigués pour arriver à temps pour les joyeuses filles de Hinds ou le classieux Curtis Harding, notre premier concert sera celui-ci de l’incroyable Father John Misty, le grand gagnant inattendu de ce Pitchfork 2015. Programmé à 19h15, c’est-à-dire en tout, tout début de soirée, il s’est emparé de la scène comme une vraie tête d’affiche venue se produire dans un stade. Investi à 3000%, se jetant à terre à chaque parole tragique et faisant des câlins au public à tout bout de champ, il a réalisé le hold-up folk-rock parfait. Father John Misty, c’est un peu Xavier Dolan au Festival de Cannes : il n’avait que le plus petit prix, mais il donnait l’impression d’avoir gagné la Palme d’Or. Et au final, on ne se souvient plus que de lui.

Difficile d’enchaîner après une telle performance et pourtant, nos chouchous de Unknown Mortal Orchestra ont aisément réalisé l’une des meilleures prestations du weekend. Optant pour plus de retenue, tous de masques d’Halloween et de parkas à capuche vêtus, ils ont livré leurs petites bombes groovy avec une décontraction cute et bizarrement une classe folle. De « So Good At Being In Trouble » à « Can’t Keep Checking My Phone », on n’avait rien vu d’aussi mignon et sexy à la fois depuis longtemps. Changement d’ambiance radical avec le duo hip-hop américain Run The Jewels qui, comme à son habitude, a retourné la scène avec ses électrochocs rap et son humour implacable. Moins hystérique qu’à Rock en Seine, mais toujours aussi énergisant, le groupe parvient à provoquer une ferveur inconditionnelle qui inspire le respect, surtout quand on se retrouve soi-même à beugler « R.T.J » en mimant la pochette de l’album avec ses mains. Run The Jewels : un phénomène surnaturel (presque) inexpliqué.

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Unknown Mortal Orchestra © Vincent Arbelet

On ne va pas se mentir : même si on avait sûrement tort, on se fichait un peu de Spiritualized. Aujourd’hui, on était venus avant tout pour admirer Ratatat et les bonnes places coûtaient cher, ou plutôt se réservaient tôt. Nos attentes démesurées n’ont pas été déçues, puisque le duo électro-rock a livré un show dantesque comblant toutes nos espérances. Pour une fois, les visuels n’étaient pas une simple diversion servant à cacher la misère musicale, mais bien une œuvre mise au service des compositions instrumentales. Parfaite combinaison entre l’image et le son, le concert s’ancrait dans une vraie originalité, une vraie personnalité, tout en étant d’une efficacité dancefloor redoutable. Deux mecs seuls à la guitare, sans micro pour communiquer avec le public, qui réussissent à créer un tel spectacle : respect, les gars. Après un tel déchaînement, on ne pouvait pas redescendre tout de suite et le show électrique de l’Ecossais Hudson Mohawke – HudMo pour les intimes – a fini d’asseoir cette journée comme la perfection faite festival. Cinquante minutes chrono de drum’n’bass torride où les innovations chorégraphiques n’avaient plus de limite dans le public. Un enchaînement de tubes monstrueux, des anciens titres de TNGHT au tout-nouveau-tout-beau « Chimes ». Énorme, démentiel, parfait.

On aura fait l’impasse sur John Talabot B2B Roman Flügel et Laurent Garnier, tous les trois déjà vus à la dernière édition de la Peacock Society, et pas forcément ce que l’on avait envie d’entendre après autant de tours de force novateurs et de découvertes attrape-cœur. Pitchfork, tu sais encore nous surprendre, et c’est à chaque fois encore plus beau.

Si l’on ne devait en retenir que 5 :
1- Le hold-up de Father John Misty
2- Le hip-hop festif de Rome Fortune
3- Le sens du groove de Unknown Mortal Orchestra
4- Le triomphe attendu de Ratatat
5- La conclusion monstrueuse de Hudson Mohawke

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Ratatat © Vincent Arbelet

[Live Report à lire sur La Boîte à Musique Indé]

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