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[Musique] LIVE REPORT : ADAM GREEN A LA GAÎTE LYRIQUE

Je l’avoue, ma motivation a failli au moment de me rendre au concert d’Adam Green en ce lundi 9 mai. Après une longue et dure journée de travail s’étant conclue par une réunion interminable, j’aurais bien aimé pouvoir rentrer chez moi et m’écrouler devant le dernier épisode de Game of Thrones, venue logiquement remplacer Top Chef dans mes rencards télévisés du lundi soir. Mais non, car j’avais donc ce fichu concert d’Adam Green, cette soirée qui s’annonçait tellement géniale et exceptionnelle que je m’étais délesté volontiers de 25 € sans même me poser de question il y a trois mois : l’idée que j’aurais alors peut-être simplement envie de dormir un lundi soir ne m’avait tout simplement pas effleuré l’esprit. Alors que j’arrivais à Réaumur-Sébastopol en sueur – parce qu’en retard – et trempée – parce que la pluie -, j’en suis venue à haïr mon moi du passé si insouciant. Mais j’étais là, plus possible de faire demi-tour.

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Pour le resituer, Adam Green est un chanteur américain auquel j’ai toujours porté beaucoup d’amour et qui, avec sa grosse voix de bluesman, est devenu l’un des chefs de file du mouvement musical dit de l’“antifolk”. Je définis moi-même l’antifolk comme de la folk (eh oui) associée à des paroles absurdes parodiant les textes habituellement mélancoliques (voire carrément dépressifs) du genre, tout en gardant une certaine poésie. Pour Adam Green, le terme “absurde” a presque des allures de mantra et pourrait à lui-seul définir la soirée sur le point de débuter.

En effet, le concert de ce soir n’était pas tout à fait un concert comme les autres (et je me souviens maintenant pourquoi je m’étais empressée de prendre mes billets à l’époque), puisqu’en lieu de première partie était projeté un film réalisé et interprété par le chanteur lui-même et qui, dans la continuité de son nouvel album sorti quelques jours plus tôt, venait revisiter de manière décalée le mythe d’Aladin à l’aune de notre société moderne. “Décalé” est un euphémisme pour décrire l’absurdité de ce délire DIY filmé dans des décors de carton-pâte dans un hangar à Brooklyn et accueillant tous les potes d’Adam, qu’il s’agisse de vrais acteurs (Natasha Lyonne, Alia Shawkat, Macaulay Culkin) ou de chanteurs à la même sensibilité surréaliste (Andrew Vanwyngarden de MGMT, Devendra Banhart). Soyons honnêtes : quand j’ai découvert, mal assise sur une chaise branlante dans le bar de la Gaîté Lyrique, Adam Green et ses camarades avec leurs tenues loufoques, leurs discours méta et leurs blagues graveleuses, mon cerveau n’était pas prêt. Mais passée une demi-heure de WTF, j’ai fini par m’habituer à ces répliques dénuées de sens, aux objets qui s’impriment en 3D et aux pénis qui s’ouvrent en deux. Personne d’autre que lui n’aurait pu oser pondre ce conte politico-poético-post-moderne, à part peut-être un Michel Gondry sous acide, et rien que pour ça, respect. Mais surtout, le film dénonce finalement de manière assez pertinente, à défaut d’être subtile, notre société de consommation et de l’image soumise à la tyrannie des nouvelles technologies.

Si j’aurais bien eu besoin d’un peu de temps pour me remettre de la vision d’un pubis qui parle, pas le temps de réfléchir, car Adam nous attendait déjà dans le salle de concert avec ses nouveaux amis de Coming Soon, qui l’accompagnent sur toute sa tournée. Fier d’être entourés par ces musiciens de luxe, l’Américain a laissé la chanson d’ouverture au duo The Pirouettes (dont la moitié fait le batteur chez Coming Soon) : s’en est suivi un petit moment de grâce lors d’une courte chanson interprétée a cappella – seules quelques notes de ukulélé venaient en soutien -, nous rappelant que l’émotion survient souvent dans la simplicité.

Et c’est après que la grosse teuf a commencé. Parce qu’Adam était en forme ce soir. Très en forme et très content aussi. Donc peu importe si le concert commençait à 22h, il était là pour rester jusqu’au bout de la nuit s’il le fallait. Vêtu de la même tenue d’Aladin que dans le “film”, fez rouge sur la tête compris, le New-Yorkais a livré un spectacle à la hauteur des attentes, c’est-à-dire égal à lui-même. Bondissant, slamant, rigolant, le chanteur ne tenait pas en place, que ce soit sur les titres du nouvel album, toujours aussi beaux et mélodieux, ou sur les anciens morceaux de sa période crooner (“Nat King Cole”, quel bonheur). Et contrairement à 95% des autres artistes en live, il n’hésite pas à provoquer la surprise, l’inattendu. A plusieurs reprises, seul sur scène avec sa guitare, il a demandé au public quelle chanson celui-ci voulait entendre et s’est plié sans rechigner à toutes les requêtes, remerciant même les spectateurs aux vœux compliqués et refusant de tricher en jouant des titres déjà prévus dans sa setlist. Grâce à ce délicieux petit jeu, nous avons donc eu la chance de pouvoir écouter la bouleversante “Hard to be a girl” et l’hilarante “No Legs”, (oui c’est difficile de faire l’amour à une femme sans jambes). L’initiative est belle, son amour pour la musique (et le show) évident. Autre pari réussi : au milieu de “Jessica Simpson”, il donne le micro à un inconnu dans le public qui se révèle être un excellent chanteur le temps d’un couplet et d’un refrain. Dernier événement marquant avec le titre interprété par les Coming Soon en solo, qui nous ont rappelé pourquoi on les suivait depuis aussi longtemps : ils ont en commun avec Adam ce plaisir de jouer et de partager.

Alors bien sûr, passées 23h15, on a un peu fatigué un peu devant cet Aladin inépuisable, capable de partir dans de longues improvisations à chaque chanson. Un peu comme le pote bourré qui ne veut pas quitter la soirée. C’est là que tout l’intérêt de s’être entouré des bienveillants mais rigoureux Coming Soon est apparu, lesquels ont su cadrer et recadrer en finesse le trublion en fin de concert. Mais on ne saura lui reprocher ce débordement de générosité, car peu de chanteurs se donnent autant que lui et avec autant de sincérité. Avec Adam, il n’y a pas de setlist, pas d’horaires, pas de passages obligés. Il n’y a que le bonheur de faire la fête ensemble. Grâce à lui, on se rappelle ce que devrait toujours être un lundi soir : la promesse d’une semaine excitante et pleine d’imprévus. Quitte à rater Game of Thrones.

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