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[Musique] RENCONTRE AVEC LOYLE CARNER

Quand on retrouve Loyle Carner avant son concert en Avant-Garde du Pitchfork Festival, une évidence s’impose : avec son regard bienveillant et son sourire timide, le rappeur anglais est forcément aussi charmant que ses chansons. Une douceur innée qui semble s’être directement infiltrée dans son hip-hop smooth, aux influences old school et aux empreintes jazzy. La suite de la rencontre ne nous démentira pas.

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S’il ne s’agit que de sa deuxième date parisienne, cela fait déjà bien longtemps que le Britannique traîne dans nos oreilles, notamment avec son merveilleux tube « Ain’t Nothing Changed », douce complainte urbaine aussi mélancolique que lumineuse. Dans un clip bouleversant, Loyle Carner joue les grands-pères et se projette dans un futur où il serait resté dans le même village, entouré des mêmes amis, toute sa vie. Une réflexion sur le temps qui passe et sur cette injonction sociale de devoir changer à tout prix : « A un moment, je passais beaucoup de temps en studio et les gens n’arrêtaient pas de dire ‘J’aime bien Loyle Carner, mais il parle toujours de la même chose’. Du coup, j’ai commencé à me mettre la pression pour essayer d’écrire sur d’autres sujets. C’est finalement mon DJ et meilleur ami Rebel Kleff qui m’a rappelé que la raison d’être de nos chansons, c’était de parler de ce qui nous touchait, nous, et qu’on ne pouvait pas mentir ou faire semblant. C’est pour ça qu’on racontait toujours les mêmes choses. Ce morceau parle de cette frustration de se sentir coincé dans une position dans laquelle on a toujours été, mais de finalement se sentir en paix avec ça ».

En effet, pour Loyle Carner, aborder des sujets personnels se fait toujours avec un naturel déconcertant, que ce soit dans « BFG », où il parle ouvertement du décès de son beau-père, ou « Florence », où il rêve de la relation qu’il aurait pu avoir avec sa petite sœur imaginaire. Dans ses clips, on retrouve ainsi souvent des membres de sa famille, des amis, et même son chien. Une façon de se dévoiler qui ne lui pose aucun problème, bien au contraire : « Ca me vient naturellement, je ne peux pas faire autrement. En fait, je trouve ça difficile de ne pas écrire sur quelque chose de personnel. Je serais incapable de juste sortir des couplets comme ça, car cela n’aurait aucun sens pour moi ». Une sincérité et une fidélité qui révèlent à quel point sa famille et ses proches comptent pour lui. D’ailleurs, lorsqu’il revient sur l’incroyable tournée de festivals qu’il a faite cet été en Grande-Bretagne, c’est avant tout pour retenir la difficulté d’avoir été si longtemps éloignés des siens : « C’était difficile d’être loin de chez moi pendant aussi longtemps, je n’ai pas l’habitude. Mais c’était sympa de partir en tournée avec mes amis, et de découvrir enfin un peu le monde ». D’ailleurs, lorsqu’on lui demande qui a été sa principale source d’inspiration dans la vie, il répond sans hésiter : « honnêtement, ma mère et mon père ».

Un homme qui aime donc ses parents, son chien, déteste mentir et fait de la super musique ? A ce moment-là de l’interview, on se demande sincèrement si cet homme peut être encore plus parfait. La réponse est oui. Car, comme si cela ne suffisait pas, le rappeur a créé cet été, en association avec le Goma Collective, une école de cuisine à Londres, la « Chilli Con Carner », destinée aux enfants hyperactifs, lui-même ayant souffert de troubles de l’attention dans son enfance. Une école dans laquelle il donne bien sûr lui-même des cours. Car oui, Loyle Carner aime aider son prochain : « J’habite au fin fond de la banlieue sud de Londres, et il n’y a pas vraiment de communauté là-bas. Et comme j’ai beaucoup bougé dans ma vie, je n’ai jamais vraiment pu faire partie d’un groupe. Donc, pour moi, c’est vraiment une façon de revenir à ça, de construire une sorte de communauté ».

Pas étonnant qu’avec une telle vision de la vie, sa musique nous semble aussi familière et confortable, presque cozy. Car sous leurs airs nostalgiques, les compositions de Loyle dégagent une vraie chaleur qui ne met pas plus de quelques secondes à se diffuser dans notre corps. Un sentiment qui se confirme un peu plus à la sortie de chaque nouveau titre, comme lorsque résonnent les premiers accords de guitare sur « Stars and Shards », et qui nous fait attendre avec impatience son premier album prévu pour début 2017. Gentiment, le chanteur nous confirme que ce n’est pas que dans notre tête : « C’est en jouant des sons que je trouve ‘chaleureux’ que je me sens suffisamment à l’aise pour me livrer. Je me sens à l’aise quand je suis chez moi. Et c’est pour ça que mes morceaux ont quelque chose de familier. On s’y sent chez soi ».

Sa prestation triomphale au Café de la Danse le soir-même, toute en générosité, joie de vivre, et maillot d’Eric Cantona, le confirmera avec bonheur : il fait décidément bon vivre chez Loyle Carner.

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