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[Cinéma] L’anti-critique : « LA DOULEUR » d’EMMANUEL FINKIEL

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En entrant dans la salle de cinéma pour découvrir le film d’Emmanuel Finkiel en ce mercredi soir de janvier, je n’ai pas lu La Douleur de Marguerite Duras. A vrai dire, à l’heure où les scénarios adaptés de romans sont devenus la règle au cinéma, il est désormais assez rare que j’aie lu les livres avant d’aller voir les films qui en sont inspirés. Ce qui a tendance à me chagriner.

Mais est-ce si grave ? Car soyons honnêtes : est-on autant bouleversés en voyant un film quand on a lu auparavant le texte d’origine ? Je me souviens surtout d’avoir attendu longtemps de voir surgir au cinéma la mise en image de certains de mes ouvrages préférés, pour au final me retrouver devant un version déformée et figée de mon interprétation de l’histoire. Ces dernières années, je ne retiendrais ainsi que deux adaptions qui ont pour moi été à la hauteur de l’original, par leur fidélité tant au récit lui-même qu’à son esprit : Brooklyn de John Crowley, adapté du roman de Colm Toibin, et Wonder, adapté de R.J. Palacio et sorti le mois dernier. Mais le plaisir de découvrir ces deux films après leur texte d’origine avait des circonstances atténuantes : le premier a été scénarisé par Dieu lui-même (Nick Hornby) et le second réalisé par le maître des romans et films hauts de gamme pour ados, Stephen Chbosky (Le Monde de Charlie, version qui se regarde et celle qui se lit : c’est lui). Ces exceptions ne viennent donc pas cacher cette nouvelle réalité qui est la mienne : j’éprouve aujourd’hui souvent plus de plaisir à découvrir un livre sur grand écran avant de l’explorer sur papier, plutôt que l’inverse. Je devrais en avoir honte, mais cette nouvelle pratique a eu paradoxalement un effet bénéfique sur ma culture générale, puisqu’une bonne adaptation cinématographique donne toujours envie de découvrir le livre qui se cache derrière : et sans leurs adaptions, autant dire que je ne serais probablement pas aller lire une grande partie d’entre eux.

C’est sûrement le cas de La Douleur de Marguerite Duras. Pour moi qui ai plutôt tendance à aller voir des films qui s’appellent Vers La Lumière (le Naomi Kawase sorti récemment, que je vous conseille par ailleurs chaudement), c’est déjà presqu’un miracle que je sois allée voir cette adaptation du roman de Duras. Mais grâce à une séance exclusive, proposée par le gentil MK2 Quai de Seine, en présence de l’équipe, je suis désormais impatiente de me plonger dans ce classique de la littérature française. Le film est particulièrement éblouissant dans sa manière de filmer l’attente, tout comme la France sous l’occupation, dont on ressent, pour l’un comme pour l’autre, le déchirement de l’intérieur. Mélanie Thierry est incandescente en Marguerite Duras : elle n’est pas habitée, elle irradie. Mais là où le film est le plus impressionnant, c’est dans sa faculté à nous imprégner de son ambiance comme seuls les livres peuvent d’habitude le faire. Un livre vit doublement quand on le lit : si l’histoire se déroule sous nos yeux, elle continue d’évoluer en nous, même quand nous refermons l’ouvrage entre deux chapitres. Par un montage aussi subtil que la performance de ses acteurs (Benjamin Biolay, que je n’aime jamais autant que lorsqu’il ne chante pas) et surtout une voix off intelligente, qui fait revivre les mots de Duras autrement que par les images, Emmanuel Finkiel réalise presque l’impossible : faire sortir son film de l’écran. Et nous pousser un peu plus vers le livre.

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