cinéma

[Cinéma] L’anti-critique : « MOI, TONYA » de CRAIG GILLESPIE

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Nous sommes actuellement en plein Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang et, comme des millions de téléspectateurs, je suis tombée amoureuse du couple canadien de danseurs sur glace, Tessa Virtue et Scott Moir. Partenaires depuis vingt ans, multiples médaillés d’or à tous les championnats de patinage imaginables, ce sont de véritables légendes dans leur pays et dans le monde du sport et l’on comprend vite pourquoi en regardant les premières secondes de leur dernier programme libre sur la bande originale du film Moulin Rouge (si vous voulez être éblouis, la vidéo se trouve ci-dessous). Fan de patinage dans mon enfance, je ne me souviens pas avoir jamais vu un couple aussi intense, moderne, sensuel, sincère, charismatique – en bref, BEAU – et surtout avec une complicité qui frise l’indécence lorsque l’on sait qu’ils ne sont pas en couple dans la vie. Je ne vais pas vous mentir : j’ai, ces derniers jours, rattrapé presque l’intégralité de leurs programmes depuis 2010. Certains parleront d’obsession, je préfère le terme de « passion ». Et à en juger par le nombre d’articles délirants à leur sujet depuis leur médaille d’or par équipe le 12 février dernier (voir un exemple ici), je ne suis pas la seule à être « passionnée ». Afin d’exorciser cette lubie dévorante, je ne pouvais donc que me rendre à l’avant-première de Moi, Tonya de Craig Gillespie et avec Margot Robbie, sur l’histoire de la patineuse la plus controversée de l’histoire, l’Américaine Tonya Harding.

Moi, Tonya est tout le contraire de Tessa Virtue et Scott Moir. Malpoli, grossier, disgracieux, irrévérencieux, hystérique, dangereux, malhonnête, vicieux : le film est tout ça à la fois à travers cette histoire vraie où tous les mensonges et coups sont permis (surtout ceux dans les genoux de sa rivale Nancy Kerrigan). Car toute la malice du film réside dans son choix – visuel et scénaristique – de ne jamais nous imposer la vérité. Avec une bienveillance évidente (et peut-être excessive) envers ses personnages redneck qui s’assument, Craig Gillespie préfère nous présenter la vérité de chacun, sans leur trouver de circonstances atténuantes, ni les condamner pour autant. Il préfère nous montrer qu’ils ont essayé de faire au mieux avec ce qu’ils avaient, mais ont échoué. A qui la faute ? Le film ne le dira pas, tout en accusant tout le monde avec un humour mordant mais jamais cruel. C’est plutôt la vie qui a été cruelle avec Tonya, en la faisant naître dans un milieu défavorisé là où le patinage n’accepte que l’élégance du luxe. La façon dont la patineuse reste prisonnière de sa classe sociale malgré tout son talent est ainsi bouleversante, car dénuée de second degré. C’est là que se trouve le cœur du film et ce qui a d’ailleurs particulièrement résonné en moi. Craig Gillespie nous montre enfin que le rêve américain ne se réalise pas pour tout le monde et que certaines barrières dressées par la société restent parfois infranchissables, quels que soient votre envie, vos efforts et vos compétences. Cette barrière est infranchissable pour la simple et bonne raison qu’il s’agit de vous-même.

Car Tonya Harding ne demandait qu’une chose – patiner – et c’est en cela qu’elle n’est finalement pas si éloignée de Virtue et Moir. Comme elle, le couple ne vit que pour la glace et leur amour de la discipline respire dans chacune de leurs performances. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils touchent autant de gens et de juges. Les Canadiens sont reconnus pour avoir constamment repoussé les limites de ce sport et l’avoir fait entrer dans la modernité, en imposant leur propre style et en refusant la tradition romantico-niaise. En dansant sur le thème de Jurassic Park aux JO de Lillehammer, Tonya Harding voulait faire la même chose. Elle avait simplement trop d’éléments contre elle.

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