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[Musique] Live Report : KENDRICK LAMAR À L’ACCORHOTELS ARENA

« Sit down. Be humble ». Difficile de suivre ces deux commandements lorsque l’on est l’heureux détenteur d’un billet pour le concert de Kendrick Lamar à l’AccordHotels Arena (ou « Bercy », pour les intimes). L’excitation et la fierté d’avoir décroché le Graal tant convoité ne laissent pas beaucoup de place à la compassion envers ceux qui devront se contenter de réécouter DAMN. seuls chez eux. Mais en lisant quelques comptes-rendus du concert, je constate que certains pensent que l’auteur-même de ces paroles aurait désormais du mal à s’y reconnaître. Au lendemain de sa première date à Paris (la seule qui compte, avouons-le), les avis divergent sur le parti-pris de Kendrick Lamar d’apparaître seul sur scène, sans ses musiciens, dans une posture christique rappelant Kanye West il y a quelques années. Notre Kendrick si humble, si désintéressé, si parfait, aurait-il pris le melon ? Analysons un peu les faits.

Kendrick Lamar est le seul artiste qui aurait pu me faire revenir un jour à Bercy – un dimanche soir qui plus est –, après deux concerts usants il y a plus de dix ans (Muse et Coldplay, si vous voulez tout savoir). Payer cent euros pour avoir le droit de m’assoir à un kilomètre d’un artiste ne fait tout simplement pas partie de ma conception de la musique. Mais pour Kendrick, je peux faire une exception. Après l’avoir découvert en 2012 avec son sublime album good Kid. m.A.Ad city (qui reste selon moi son meilleur album à ce jour, n’en déplaise aux fines bouches) et un concert mythique à Rock en Seine, ma passion pour le natif de Compton n’a fait que se confirmer au fil des années, et ce pour une raison simple : sa musique est tout simplement meilleure que celle des autres rappeurs et ses propos plus intéressants que ceux des autres paroliers. Mais Kendrick est également devenu un symbole, un porte-parole politique, une sorte de gourou, qui ne peut apparemment jamais rien faire de mal et sur lequel le monde projette des attentes de plus en plus folles. Du coup, lorsqu’il apparaît seul sur scène, tout de blanc vêtu, sur la grande scène de l’Arena, chacun est alors repoussé dans ses retranchements. « Be Humble » était-il ironique ? L’égo-trip est-il désormais d’actualité, pour ne même plus faire monter ses musiciens sur scène ? Ou bien l’humilité consiste-t-elle à assumer son statut de guide spirituel que la foule semble depuis longtemps lui vouloir lui donner ? Ou bien consiste-t-elle enfin à se défaire de tous les artifices visuels (et l’effet Puy du Fou qui va avec dans ce genre de salle) pour ne laisser place qu’aux morceaux, et à eux seuls ? Toutes les interprétations sont possibles.

Mais si vous aviez vu le concert de Kendrick Lamar à travers mes yeux, voici ce que vous auriez vu. Vous auriez vu Kendrick faire une entrée fracassante sur « Damn » et sursauté au moment où un mini feu d’artifice a explosé derrière lui. Vous vous seriez pincé pour croire à votre chance lorsque Kendrick aurait choisi vos deux morceaux préférés pour réaliser un medley de ses featurings (« Goosebumps » de Travis Scott et « Collar Green » de Schoolboy Q). Vous auriez ri devant les aventures de « Kungfu Kenny » projetés sur les écrans géants. Vous auriez bondi comme sur un ressort en hurlant le refrain de « King Kunta ». Vous auriez frissonné devant le moment le plus magique de la soirée, lorsque les barreaux d’une cage illuminée se sont progressivement élevés autour de Kendrick, accroupi sur une estrade au milieu de la fosse, puis levé les bras au ciel pour remercier les étoiles qu’il ait choisi ce moment pour interpréter « Money Trees ». Vous auriez réussi à rapper miraculeusement sur les paroles de « Bitch Don’t Kill My Vibe ». Vous vous seriez demandé si le panneau au-dessus de la tête de Kendrick, qui formait une magnifique vision panoramique de la scène, allait réellement descendre jusqu’en bas et l’écraser. Vous auriez volontairement rangé votre téléphone pour profiter pleinement d’une version épique d’« Alright ». Et vous auriez regretté de pas connaître suffisamment bien les couplets de « Humble » pour chanter le titre en entier avec le reste du public pendant que Kendrick restait silencieux. En bref, vous auriez vu quelqu’un capable de tenir un Bercy à lui tout seul.

Alors, oui, peut-être que Kendrick Lamar embrasse un peu trop le rôle de Messie que tout le monde lui prête. Peut-être aurait-il pu nous offrir un plus grand spectacle visuel, un vrai discours politique, un rappel un peu moins expéditif, ou encore un duo avec son pote James Blake (qui nous a par ailleurs livré une première partie parfaite). Ou peut-être nous, en tant que spectateurs, aurions-nous pu ne pas projeter en lui notre version idéalisée du personnage et simplement l’apprécier pour ce qu’il a toujours su nous donner : sa musique. Alors, Kendrick n’est peut-être pas « Humble », mais bitch, please, don’t kill my vibe.

 

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