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[Cinéma] L’anti-critique : « LOVE, SIMON » de GREG BERLANTI

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Une chose à savoir sur moi : j’adore les histoires d’amour au cinéma. Mes amis le savent parfaitement : je peux – littéralement – réciter Vous avez un message par cœur, je regarde Love Actually à chaque Noël et, d’une manière générale, il n’est pas trop exagéré de dire que je suis une spécialiste des comédies romantiques. Mais je dois préciser que j’aime toutes les histoires d’amour. Comprendre : pas uniquement les happily ever after hétérosexuels (et blancs) qui monopolisent nos écrans. J’aime m’identifier à toutes sortes de personnages et le fait qu’ils soient hétéros ou gays, hommes ou femmes, d’ici ou d’ailleurs, m’importe peu (le personnage auquel je me suis le plus identifiée récemment est d’ailleurs Winston Bishop dans New Girl. Si vous ne le connaissez pas, je vous invite à aller le google pour apprécier notre ressemblance physique). Mais soyons honnêtes, depuis Le Secret de Brokeback Mountain, les films que j’ai vus qui tournaient autour d’une romance gay (Weekend, Keep the Lights On, Yossi, Seule la terre… pour ne citer que mes préférés) ont tous eu un point commun : je les ai vus au Mk2 Beaubourg, dans une salle de 20 places, et les seuls spectateurs étaient des couples gay (pour les romances masculines, je suis même généralement la seule fille dans la salle). Et je dois dire que cela m’a toujours rendu profondément triste de voir que le cinéma soi-disant « gay » restait enfermé dans son ghetto, son manque de promotion rebutant de toute évidence les gens de venir partager un bout de la vie – même fictive – de personnes juste un tout petit peu différentes d’elles.

Mais les choses sont visiblement en train de changer. Parmi les grands succès critiques et publics des deux dernières années, on compte bien sûr Call Me By Your Name, Moonlight et 120 battements par minute. Des séances pleines à craquer aux Halles où j’ai eu le bonheur de voir un public enfin plus nombreux et diversifié. Alors, y-a-t-il eu un déclic ou le changement a-t-il été progressif ? S’agit-il d’une phase temporaire (remember Le Secret de Broke Back Mountain) ou ces succès marquent-ils une vraie évolution ? Pour parler d’un autre cinéma qui tente de sortir du cliché que seuls des gens appartenant à la même communauté peuvent s’y intéresser, Black Panther marquera très certainement l’année 2018 d’une pierre blanche et, espérons-le, sonnera le glas de la « blaxploitation ». Mais qu’en est-il du fameux cinéma « gay » ? Pour Frances MacDormand, l’Oscar du Meilleur Film de Moonlight en 2017 a marqué le début de l’acceptation mainstream de la représentation des minorités au cinéma. Personnellement, je rendrais plutôt justice à Xavier Dolan qui, selon moi, est le premier réalisateur et auteur à développer ouvertement une œuvre sur l’homosexualité, tout en connaissant un immense succès populaire et critique et sans être systématiquement étiqueté « cinéma gay ». Mais, si l’on en croit ce même Xavier Dolan, ce déclic, ce moment qui restera dans l’histoire, ce sera peut-être finalement la sortie de Love, Simon.

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Annoncé comme une love story teenage gay, Love, Simon de Greg Berlanti était censé surfer sur la vague d’adaptations littéraires Young Adult dont John Green et Stephen Chbosky sont devenus les maîtres. Avec la bonne tête de Nick Robinson en haut de l’affiche et l’héroïne de 13 Reasons Why parmi les personnages principaux, le film s’annonçait sympathique, dans l’air du temps, mais pas vraiment révolutionnaire. Et pourtant, Love, Simon est en fait le premier film de studio américain (la Fox) à traiter d’une romance gay adolescente. Il est donc littéralement le pionnier dans son domaine et le public ne s’y est pas trompé puisqu’il triomphe déjà aux quatre coins du monde anglophone où il est déjà sorti. Et pour cause, puisque Love, Simon est une merveille d’humour et de tendresse, un petit miracle mainstream comme on en voit peu. Outre des acteurs d’une grande justesse (les adultes y compris), un sens du rythme inattaquable et une bande-son de qualité supérieure, le thème du coming-out est traité sans détour, avec humour, tendresse, bienveillance et intelligence, sans jamais tomber dans la facilité. Là où l’homosexualité était souvent confinée au drame d’auteur, comme si elle ne pouvait ni être heureuse, ni intéresser les masses, Love, Simon en fait au contraire un sujet de film « normal » et en propose enfin aux jeunes une représentation positive et artistiquement accessible.

Mais je dois avouer que c’est surtout le contexte dans lequel j’ai découvert ce film qui me fait penser que nous sommes peut-être en train d’entrer dans une nouvelle ère pour la représentation de l’homosexualité au cinéma. Love, Simon était en effet projeté en avant-première dans la plus grande salle d’Europe, le Grand Rex à Paris, alors peuplé de 90% de lycéennes qui, à en croire leurs cris à chaque prononciation du nom de Nick Robinson, penchaient plutôt du côté de l’hétérosexualité. Et qui pourtant, à chaque dialogue défendant les droits LBGT ou à chaque baiser échangé entre deux garçons, applaudissaient et acclamaient de tout leur cœur et leurs poumons comme si nous étions à un concert de Harry Styles. Ce qui n’est pas même pas une façon de parler puisque j’étais effectivement au concert d’Harry Styles à l’Olympia il y a quelques mois, et j’y avais alors été été surprise par le nombre impressionnant de drapeaux arc-en-ciel dans la salle et la position de la superstar anglaise comme ardent défenseur des droits LGBT. Alors, la nouvelle génération fera-t-elle bouger les choses ? La liberté de choisir sa sexualité et son genre va-t-elle enfin devenir la norme pour les adultes de demain ? Devant la ferveur assez incroyable de ces 2500 adolescent(e)s célébrant des personnages leur ressemblant ou non, je me revois en 2012 dans la petite salle de l’ancien Mk2 Hautefeuille, avec seulement deux ou trois autres spectateurs, pour une séance dominicale de Weekend de Andrew Haigh, qui restera à jamais l’un de mes films inconnus préférés. Et alors, oui, je me dis que cette soirée m’a redonné foi en l’humanité.

 

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